Schweizerischer Katholischer Presseverein
Association Catholique Suisse pour la Presse
Associazione Cattolica Svizzera per la Stampa

Petites histoires en Suisse romande – Le développement des médias catholiques

Par André Kolly
Né en 1945, André Kolly a suivi la Faculté de théologie et l’Institut de journalisme de l’Université de Fribourg. Il a travaillé au Synode 72, avant de rejoindre le CCRT, en 1976 pour les émissions de Radio et en 1988 pour la direction. Retraité et toujours titulaire de la carte de presse, il préside actuellement l’association Cath-Info.

L’aventure des médias en Suisse romande est encore à écrire. On trouve des documents multiples, rapports annuels, archives particulières, mais aucune synthèse. Certaines monographies permettent, à travers un personnage1, de passer d’un organe de presse à l’autre, voire de franchir les barrières cantonales. Des initiatives inattendues, courageuses et visionnaires, ont abouti à des chapitres médiatiques formidables en presse écrite et en émissions religieuses de radio et télévision. En plus les Suisses ne manquaient pas d’ouverture, car plusieurs d’entre eux ont eu un rôle majeur au sein d’organisations internationales.

Le 100e anniversaire du Presseverein et le 100e anniversaire de Kipa donnent l’occasion à l’historien Thomas Gmür de dresser une magnifique fresque. Quant aux propos que voici, ils privilégient davantage les souvenirs que la méthode historico-critique et donnent priorité à des événements que les moins de 30 ans « ne peuvent pas connaître ». L’essentiel est de dire que la Suisse romande, sans attendre l’ère numérique, n’a pas été en marge des grandes réalisations médiatiques.

Presseverein : ligués pendant 100 ans

Le jeune Suisse romand partant à Coire ou Emmen pour son école de recrue avait la bonne surprise de retrouver à la cantine de la caserne Le Pays ou La Liberté. Il ne pouvait deviner que l’abonnement qui lui évitait d’être dépaysé devait beaucoup à la Ligue catholique suisse pour la presse2. Les statuts de l’association fondée en 1917 donnaient mission explicite de faire en sorte que les journaux catholiques soient partout offerts, jusque dans les buffets de gare et les Stuben de l’armée.

La Ligue – ou plus communément le Presseverein – s’était créée pour engager « énergiquement » un soutien spirituel et matériel à la presse catholique.3 Les buts statutaires de l’association indiquaient une dizaine de missions, y compris le « coleportage (sic) des bons livres catholiques populaires » et toutes formes de propagande pour la cause catholique. A l’époque, les mots ne faisaient pas peur. On avait encore le souvenir cuisant du Sonderbund et des lois anticatholiques du Kulturkampf, et voici que montaient les périls socialistes, communistes… et francs-maçons. Sans compter qu’aux frontières se jouait une terrible guerre. Il existait déjà une puissante association catholique populaire, le Volksverein. On allait créer une nouvelle section vouée à la noble cause de la presse, le Presseverein.

L’idée avait germé en octobre 1916 lors de Journées de la presse catholique à Zoug, stimulée par le principal conférencier et premier président, le Dr Emil Pestalozzi-Pfyffer (+1929). Avec quelques amis le Presseverein prend forme, les statuts sont adoptés au printemps 1917. Le 31 décembre, il y a déjà 2’282 membres, y compris quelques Romands symboliques. L’année suivante, le conseiller aux États fribourgeois von Montenach est membre du comité directeur avec le chanoine Pometta de Lugano. Dès qu’ils seront nommés vice-présidents, il faudra un 3e vice-président, un Zurichois. A la fin 1921, la Ligue compte 4’863 membres. Grâce aux cotisations à 5 francs, il lui est possible d’apporter des subsides concrets. L’agence Kipa nouvellement installée à Fribourg et la Schweizerische Katholische Korrespondenz4 à Berne recevront des aides. Mais il faut aussi de l’argent pour les projets de bibliothèques pour la jeunesse et la création d’un service de « feuilletons » à l’usage des journaux catholiques.

La recherche exhaustive de Thomas Gmür sur les 100 ans du Pressverein ou Presseverein nous autorise à ne garder ici que quelques observations générales, ainsi que les incidences de la Ligue sur la Suisse romande. On s’est donc organisé entre laïcs catholiques convaincus, souvent formés à la jeune Université de Fribourg, et ayant créé des liens dans les sociétés d’étudiants. On retrouve au comité directeur des magistrats et des conseillers nationaux et d’Etat. Philipp Etter assume la présidence de l’association de 1930 à 1934 ; il y renonce pour devenir conseiller fédéral. Ludwig von Moos signe des éditos lors de rapports annuels et on croise une foule de noms qui feront l’éthos de la culture politique alémanique. On peut remarquer que le noyau dur de l’association n’est pas à Lucerne, Soleure ou Schwyz, mais dans la diaspora catholique, dans les cantons de Zurich, Saint-Gall, Argovie.

Les Romands ne forment qu’une infime minorité au sein de l’organisation nationale. Les cantons bilingues comme Fribourg et Valais ont quelques dizaines de membres. En principe chaque canton a droit à 3 sièges au comité central, mais tous n’en font pas usage. En 1917, il y a deux Vaudois, Maxime Reymond et l’abbé Marius Besson qui sera évêque à Fribourg dès 1920 ; Neuchâtel et Genève sont respectivement représentés par le curé Mermet, du Landeron, et le pharmacien et conseiller national Gottret. Pour Berne, il y a deux hommes de Porrentruy, le Dr Ribeaud et l’avocat P. Jobé. La Liberté de Fribourg est présente avec le rédacteur Pauchard et le directeur Bondallaz. Enfin de Sion est annoncé le rédacteur de Riedmatten.

Au fil des ans apparaissent d’autres noms, de plus en plus souvent liés directement à la presse. Pour preuve : le curé Barras remplace l’abbé Besson. Sont aussi nommés l’abbé Quenet de Courgenay, l’abbé Marion pour Neuchâtel et le doyen Cottier de La Chaux-de-Fonds, le curé Werlen, de Loèche, pour le Valais, puis des rédacteurs tels que Leyvraz et Carlier pour Genève, le chanoine Quartenoud et le rédacteur Dessonnaz pour Fribourg. On verra encore sur les listes MM. Robichon (VD) et Amgwerd (Delémont) et, dans les années 40, les abbés Paul Theurillat (VD) et Marcel Chamonin (GE).

Les listes ne donnent souvent pas de prénoms et privilégient le titre de Herr Dr. Et quand le rédacteur en chef du Courrier de Genève, M. Leyvraz, est cité dès 1926, son nom est écrit avec trois graphies erronées avant qu’on ne le publie correctement. Tout comme pour le chancelier Arni, de Fribourg, qui apparaît comme le délégué vaudois Arne. Quand arrive l’abbé jurassien Henri Schaller, promptement nommé vice-président romand en 1931, on n’arrive pas à écrire juste Pruntrut. Deux ans plus tard, ce héraut de La Bonne Presse à Porrentruy donne à Soleure une conférence (c’est le 1er document cité en français dans un rapport de la Ligue) sur le thème : « Le devoir de solidarité du peuple et des chefs envers la Presse catholique ». Il s’explique : « Au point de vue religieux, les catholiques forment la plus formidable organisation et le plus admirable cadre de fraternité de l’univers ; si leur esprit de corps allait de pair avec leur esprit de foi, ils seraient les rois du monde (…) Les catholiques s’ignorent trop. Ils ne se soutiennent pas assez les uns les autres dans leurs relations, et ils s’étonnent que l’influence commerciale, sociale, morale leur échappe ».5

C’est avec le titre de Monseigneur6 qu’Henri Schaller réintervient en 1940 pour disserter sur la difficulté de choisir les bonnes causes, quand il faut à la fois soutenir les Missions ailleurs, ou la Presse catholique chez nous. Il cite la phrase du pape Pie X qu’on voit maintes fois reprises à cette époque : « Pour assurer la vie et le développement du Journal catholique, je sacrifierais jusqu’à ma croix pectorale… ». L’enjeu est grave en effet, ajoute le conférencier : « Que de fois le poison du mauvais Journal n’a-t-il pas tué la doctrine du bon sermon ! Que de fois l’aliment frelaté du journal mondain, volage, neutre, laïcisé, n’a-t-il pas affaibli et anémié un homme et, trop souvent, par lui, sa femme, ses fils et ses filles ! Le Journal est un élément primordial dans la santé et la valeur morale d’un peuple ! ». Donc un soutien prioritaire !

Parmi les questions qui préoccupent la Ligue dès ses débuts, il y a la moralité de la publicité pour les films qui s’écartent de la morale.7 On édictera même une charte. Le journal catholique ne doit pas seulement être « catholique dans ses écrits », mais aussi dans la publicité qu’il insère. La formation des consciences est importante. D’où l’idée de créer à l’Université de Fribourg une chaire de journalisme, en allemand d’abord, puis en français.8 Une subvention donnée en Suisse romande en 1934 a pour objet une curieuse action pour lutter contre le « mouvement des sans Dieu (Gottlosbewegung) ».

Les statuts de 1917 sont modifiés pour la première fois en avril 1956 à Zoug. Les temps ont bien changé. Le souci de fournir davantage de moyens pour la Kipa conduit la Ligue à organiser une quête nationale. Celle-ci prendra forme officiellement par décision des évêques suisses en juin 1960. Ils recommandent la collecte chaque 2e dimanche de novembre (à Zurich, le 3e dimanche).

Cette collecte va augmenter considérablement les ressources de l’Association qui pourra ainsi multiplier sa subvention à la Kipa. Quelques années plus tard, cette collecte deviendra la quête du Dimanche des moyens de communication sociale.9 Cette journée demandée explicitement par le Concile est normalement célébrée le dimanche après l’Ascension. La campagne sera organisée par le nouveau secrétariat installé à Fribourg en janvier 1974.10 Il est au service de la Ligue, de l’Association des Éditeurs catholiques11, de l’Association suisse des journalistes catholiques12, ainsi que de la Kipa et bientôt encore de la Commission des médias des évêques suisses. Le premier administrateur fut Walter Buchs.13

Pour son 50e anniversaire en 1967, la Ligue a enregistré un record de 13’055 membres, mais 50 ans plus tard, elle ne compte guère plus de 650 membres. Les besoins sont différents ; le contexte culturel aussi.14 D’autres institutions ont repris ses objectifs. Elle a aussi changé de nom en juin 2006 pour devenir officiellement Association catholique suisse pour la presse (ACSP).

Aujourd’hui, la tâche essentielle de l’ACSP est d’assurer la rédaction et la publication dans un certain nombre de journaux alémaniques d’une page hebdomadaire « Christ und Welt ». Elle atteint potentiellement 400’000 lecteurs.15 Et son secrétariat de Fribourg continue d’être une plateforme d’information et de services… et de mémoire grâce à ses rapports annuels.

Kipa : l’agence naît à Olten

Le séminaire du diocèse de Saint-Gall n’a pas voulu du jeune Ferdinand Rüegg : il voyait mal de l’œil gauche ! Il tente sa chance à Coire, mais le verdict est le même pour ce garçon qui venait de passer à 19 ans sa maturité au Collège bénédictin d’Engelberg. Ainsi Ferdinand Rüegg (1884-1970) deviendra journaliste après des études de philosophie et d’histoire à la jeune Université de Fribourg.16 Son premier emploi, il le trouve aux Archives du Vatican. Mais il est rattrapé par un article qu’il avait écrit quatre ans auparavant lors d’un semestre à Vienne. Cet article sur le réformateur Zwingli lui vaut de devoir quitter Rome !

De 1912 à 1917, Rüegg travaille pour le compte de l’évêque de Trêves et rédige les Petrus Blätter, une publication qui diffuse notamment les appels à la paix du pape Benoît XV. C’est la guerre, et la censure met en danger la publication tout comme son jeune rédacteur. L’évêque de Trêves est persuadé qu’ « un service de nouvelles objectif n’est possible que dans un pays qui n’est pas en guerre ». L’évêque de Coire accueille alors le jeune homme devenu père de famille et lui confie la rédaction de la Schildwache, le journal de la jeunesse catholique alémanique édité à Olten par Otto Walter. Et en même temps Rüegg lance un service quotidien de nouvelles catholiques sous le nom de Katholische Internationale Presseagentur. La Kipa est née !

La guerre a laissé des traces et nombre d’abonnés ne peuvent plus payer le bulletin de nouvelles. Pour continuer son œuvre, Ferdinand Rüegg se replie sur Fribourg. Bourguillon d’abord, puis la Grand-Rue 23, et encore dès 1932 à la rue des Alpes 80. Au cours de ces années, beaucoup d’ennuis financiers, beaucoup de recommandations ecclésiastiques et toujours une conviction intacte. Il cite Pie X écrivant en 1925 : « C’est en vain que vous construirez des églises, développerez des missions, fonderez des écoles, ou érigerez toutes les bonnes œuvres possibles, si vous ne savez pas utiliser les armes de la bonne presse ».

Un épisode dit bien le sens ecclésial profond de Ferdinand Rüegg. Dans la Schildwache, dont il est toujours rédacteur, paraît un article qui critique une exposition d’art sacré se tenant à Bâle sous le patronage de Mgr Marius Besson. L’évêque de Fribourg exige la démission de Rüegg qui perd ainsi un petit revenu annuel de 4’000 francs, un bien précieux pour une famille qui compte alors 8 enfants. On saura bien plus tard que l’article incriminé avait en réalité été écrit par l’évêque de Coire !

Dès 1932, Rüegg n’est plus propriétaire de l’agence. Avec les évêques suisses et les impulsions du futur conseiller d’Etat Joseph Piller, Kipa devient société par action. Emil Müller-Büchi est nommé nouveau rédacteur en chef en 1934. Pendant 20 ans, il donne un vrai essor à l’agence et organise en particulier son installation à l’Université, dans les bâtiments de Miséricorde. Pendant la guerre, on y installe une antenne pour capter Radio-Vatican en ondes courtes et répercuter les nouvelles de Rome. Progressivement, un réseau est également mis en place avec les agences sœurs d’Allemagne (KNA), des Pays-Bas (KNP), d’Autriche (Kathpress) et de Bruxelles. Entre la Kipa et l’Uni, on pratique des échanges de services. L’agence ne paie pas de loyer mais fonctionne comme service de presse de l’Université, tandis que les étudiants du séminaire de journalisme peuvent y faire des heures.

En 1941, le chanoine François Charrière est « directeur » de La Liberté. Il commence par traduire en français des nouvelles de Kipa et décide de lancer une édition francophone le 1er septembre 1944.17 Ce service se répandra en Suisse romande, en France et au Canada, mais le prix des abonnements ne suffit pas à équilibrer les comptes, malgré une subvention de 1’000 francs de l’évêché à Fribourg. Quant à l’agence de langue allemande, en 1947, elle reçoit un subside de 2’000 francs des évêques suisses et de 3’200 francs de la Ligue catholique suisse pour la presse. C’est en 1960 que les services allemand et français fusionneront sur le plan administratif. A cette même période, une quête est organisée chaque année pour Kipa. Le professeur Emil Müller-Büchi a souvent rappelé comment il allait porter dans les boîtes aux lettres de Fribourg le service quotidien pour éviter des frais de port.

Wilhelm Hellenbroich est entré dans la petite équipe rédactionnelle de Kipa en 1943. Il en est le directeur de 1954 à 1982. Kipa devient société coopérative en janvier 1955, avec des statuts qui prévoient que les évêques ont un droit de regard sur les nominations des rédacteurs. La même année, l’agence acquiert son premier téléscripteur. Le télex sera le mode privilégié et instantané de transmission jusqu’en 1994. Hellenbroich ne connaîtra pas la révolution numérique. Mais il vit une autre révolution, celle du Concile Vatican II (1962-1965). Kipa crée alors un service Spécial Concile. A titre d’exemple, en 1964, l’agence publie 2’695 pages en allemand et 1’385 pages en français. La démarche est analogue pour la période du Synode 72 avec, pendant cinq ans, un service en deux langues rédigé à part égale par les attachés de presse francophone et alémanique.18

Quand l’administrateur de l’Imprimerie Saint-Paul, Hugo Baeriswyl, est devenu président de la Coopérative Kipa, il a tenu à rapprocher l’agence des deux journaux Freiburger Nachrichten et La Liberté. Une démarche qui aurait plu au chanoine Schorderet. Avant de fonder La Liberté, il rêvait déjà d’une agence assurant la recension et mise à disposition de nouvelles catholiques. Mais pour qui ? Jusqu’à la période du Concile Vatican II, seuls des journaux catholiques pouvaient publier les news de Kipa, car on estimait qu’un service subventionné par les catholiques devait ne servir que les catholiques. La Gazette de Lausanne s’était plainte à l’évêché de ne pouvoir contracter d’abonnement. Certains journaux trouvaient un prêtre qui s’abonnait et leur transmettait les infos.

Fondée par un laïc et dirigée par des laïcs, l’agence aura son premier rédacteur en chef ecclésiastique en 1982, avec le Père Bruno Holtz. Ce prêtre de la Société missionnaire de Bethléem avait fait un stage de journaliste à La Liberté et était devenu attaché de presse de la Conférence des évêques. Mais d’autres prêtres avaient travaillé à Kipa, l’abbé Henri Marmier dont le départ fut provoqué par une prise de position trop proche de l’OAS pendant la guerre d’indépendance de l’Algérie, et l’abbé Roland Mathey qui lui succéda pour le service romand. Le Père Holtz francisa Kipa en Apic, Agence de presse internationale catholique ; il quitta progressivement l’agence pour assumer des responsabilités au sein de l’Union catholique internationale de la presse (UCIP).

En 1987, le journaliste francophone Jacques Berset devient rédacteur en chef de KipaApic, avant que l’agence se donne un rédacteur en chef dans chaque langue. C’est avec lui, qu’Apic entre dans l’âge numérique et se dote d’un premier site internet. Des questions se posent désormais pour le partage entre l’offre internet gratuite et le service nécessairement payant pour la presse. Succédant à Jacques Berset le 1er septembre 2012, le journaliste Maurice Page aura à gérer d’autres modes de collaboration, d’abord avec l’association Catholink qui pilote le portail internet romand, puis avec le Centre catholique de Radio et Télévision (CCRT) avec lequel il doit fusionner.19 Au 1er janvier 2015, la rédaction d’Apic s’installe à Lausanne sous le chapeau de l’association Cath-Info que dirige Bernard Litzler. Mais n’allons pas trop vite, car il nous faut remonter le temps avec les débuts de la presse catholique romande.

Presse écrite : le temps des zélateurs

La Liberté

A Fribourg, l’édition de La Liberté du mardi de Pentecôte 1874 a bien failli ne jamais sortir de presse. La veille, les ouvriers qui avaient appris que le fondateur du quotidien, le chanoine Schorderet, avait organisé la formation de jeunes filles aux métiers de l’imprimerie, protestent, demandent leur compte et remettent leur démission immédiate. Ce qui est accepté ! Car justement les jeunes filles viennent de rentrer d’un rapide stage à Lyon et sont prêtes à prendre aussitôt le relais, avec l’aide de demoiselles typographes de Roanne. On évite ainsi des indemnités de licenciements !

Le journal paraît et c’est tout le climat des ateliers de l’Imprimerie catholique suisse20 qui change. Parole de témoin : « Désormais cet organe de la Vérité, ce champion de la cause catholique ne sera plus composé au bruit des blasphèmes et du ricanement des impies. On n’entendra plus dans cet atelier que des élans d’amour, et les mains qui tiendront le composteur auront, le matin, tenu la nappe de la table servie par les Anges »21.

Créer un quotidien catholique est l’aboutissement d’un étonnant cheminement de Joseph Schorderet (1840-1893). Né à Bulle, il commence par devenir instituteur, car l’évêque Marilley a été exilé par le gouvernement radical22, et il n’y a plus de séminaire. Devenu prêtre à 26 ans, il est vicaire à Neuchâtel, puis aumônier à l’École Normale à Hauterive, à l’ancienne Abbaye dont le gouvernement radical a chassé les moines. Ayant fait acte de candidature, il est nommé par le Conseil d’Etat chanoine de la collégiale Saint-Nicolas.23 Il aura davantage de latitude pour s’occuper de ce qui le passionne : il est aumônier militaire, il milite très tôt pour la création de l’Université de Fribourg24, il crée un Bureau des pèlerinages, il donne des conférences et retraites spirituelles. Et surtout il y a au moins six titres de revues et journaux auxquels il collabore, avec toujours une idée centrale : « Diffuser la vérité parmi les élites »25, mais sans oublier le peuple.

Ses contacts avec Mgr Gaspard Mermillod à Genève lui avaient fait espérer transformer Le Courrier en un journal catholique romand. A Fribourg, l’évêque Marilley a été assez prompt à trouver l’idée inopportune.26 Schorderet lance donc La Liberté le dimanche 1er octobre 1871. C’est un quotidien qui ne paraît pas le lundi.

Le jeune chanoine est aussi aumônier des Enfants de Marie, des jeunes filles qu’il réunit en leur faisant découvrir la profondeur du chapitre XIII de l’Epître de S. Paul aux Corinthiens. C’est ce groupe de demoiselles de Fribourg qui formera l’Œuvre Saint-Paul avec ses sœurs linotypistes, correctrices et éditrices. Leur engagement religieux date de la nuit du 5 au 6 juin 1874 en la collégiale Saint-Nicolas. On s’est donné rendez-vous dans la discrétion à 23 heures. La nuit se passe en prières, et se termine par la messe célébrée à 3 heures et demie du matin. Cette nuit-là, l’abbé et les demoiselles ont pris un engagement solennel : « Nous sommes décidés à consacrer notre vie entière à la Restauration du règne de J.C. Nous choisissons le moyen si puissant de la Presse afin de réaliser ce but. »27

Il est impossible de rapporter ici l’essor de l’Œuvre Saint-Paul et tous les obstacles, dénonciations, soucis d’argent éprouvés par le chanoine Schorderet. Mais il a agi dans une époque cruciale pour le catholicisme en Suisse qui restait meurtri par les effets du Sonderbund et souffrait des articles d’exception inscrits dans la Constitution fédérale de 1874 à l’encontre des catholiques. Les années précédentes avaient divisé les catholiques entre libéraux et ultramontains, et autres courants. En effet, alors que des troubles politiques et culturels déchiraient l’Europe au nom du Kulturkampf28, le pape Pie IX avait organisé tant bien que mal le Concile Vatican I, ouvert le 8 décembre 1869 pour s’achever précipitamment quelques mois plus tard avec le décret sur l’infaillibilité pontificale, juste avant que soient démantelés les États pontificaux.

Le Courrier

A Genève, le climat est exacerbé par un autre conflit : la consécration épiscopale du curé Gaspard Mermillod en septembre 1864.29 Le nouvel évêque de Genève fonde en 1868 une « Feuille religieuse et nationale » pour défendre les intérêts catholiques dans un environnement protestant : c’est Le Courrier, un hebdomadaire qui deviendra quotidien quatre ans plus tard.

Le Courrier s’est défini comme une publication de combat catholique, avec à sa tête des abbés successifs, Jeantet, Carry, Snell. Il s’agissait d’abord de défendre le Pape et affirmer la Vérité de l’Église catholique. Le directeur Mordasini engage en 1923 René Leyvraz ; il sera rédacteur en chef pour 10 ans.30 Ce converti de grand talent s’interroge sur la possibilité pour un vrai quotidien d’être à la fois organe ecclésiastique et organe d’un parti, celui des chrétiens-sociaux, lesquels sont en plus divisés. L’évêque Marius Besson apporte maintes fois son soutien à Leyvraz jusqu’à ce que le Conseil d’administration parvienne à le pousser à la démission. Il est aussitôt engagé à La Liberté syndicale, ce qui est insuffisant pour vivre, malgré des piges mal payées à L’Écho Illustré, à La Liberté, et même au Courrier, sous le pseudonyme de Civis. Après la ligne trop vichyste de l’interrègne de l’abbé Chamonin, on rappelle Leyvraz. Il veut qu’à côté du mot Vérité figure celui de Justice.

Leyvraz s’était vigoureusement engagé contre les exactions dont les juifs sont victimes pendant le nazisme. Il restera de tous les nouveaux combats. En 1950, lors d’un Congrès international des journalistes catholiques à Rome, il fait une déclaration de foi : « La presse catholique doit être, non pas bourgeoise, ouvrière ou paysanne, mais purement, exclusivement catholique, et cela veut dire aussi largement humaine, largement ouverte à tous les problèmes, à toutes les angoisses de notre temps. Pour cela, elle doit tendre avec force à ne dépendre que de l’autorité religieuse… Ce qui doit disparaître, c’est la possibilité même de paralyser ou de congédier un journaliste catholique parce qu’il dit des vérités qui gênent ou qui offusquent tels ou tels intérêts. »31

L’impulsion qu’il donne au Courrier va demeurer avec les rédacteurs en chef Jean-René de Ziegler dès 1963, puis Pierre Dufresne32 de 1979 à 1992. Avec Patrice Mugny est consommée en 1996 la rupture avec l’Église catholique de Genève, qui a renoncé à sa subvention. Le Courrier est si indépendant qu’il l’est aussi à l’égard de la publicité ! Mais il a été une pépinière de journalistes de talents. Peu d’entre eux s’en souviennent, disait l’abbé André Babel, qui y fit ses premières gammes de journaliste en 1964.

Le Pays

Au dix-neuvième siècle, les Jurassiens ont aussi connu la tourmente quand, en 1873, le Kulturkampf a chassé les prêtres fidèles à Rome. Un jeune avocat de 25 ans, Ernest Daucourt, lance alors un bi-hebdomadaire à Porrentruy le 3 août 1873. C’est Le Pays, défini comme « Organe des catholiques du Jura ». Ardent à défendre la culture jurassienne et la conscience catholique, le journal devient quotidien en 1923, quand il est racheté par la société coopérative La Bonne Presse du Jura.33

C’est à ce moment qu’entre en scène un prêtre exceptionnel, l‘abbé Henri Schaller.34 Il est né le 22 juillet 1886 à Corban, un village de toutes les résistances, à l’époque de la Réforme d’abord puis lorsque les « prêtres intrus » sont imposés par le gouvernement bernois. Schaller dirigera le journal pendant plus de 40 ans. A l’aise avec la langue allemande depuis l’époque où il enseignait au Collège d’Immensee, il participe à toutes sortes de réunions en dehors du Jura. Il a rédigé quelque 10’000 textes intitulés Francs Propos et signés Lefranc, un pseudonyme qui ne faisait mystère pour personne. Une bloggeuse a dit de lui : « Il recueillait dans son panier à fruits l’histoire du peuple, comme autant de damassines… et en faisait un élixir qu’on goûtait en lisant le Franc propos du Pays. »35 Il gardait une certaine réserve sacerdotale quand il était question de l’autonomie du Jura, mais on devinait sa pensée. Il ne l’a peut-être pas écrit, mais il l’a dit « Quand on veut voir sa légitime on va à Berne, mais c’est à Bâle que se trouve celle qu’on aime ! ».

Après le Concile Vatican II, après les votes qui, dès le 23 juin 1974, ouvrent la voie à la création du canton du Jura, le profil du journal se modifie. C’est sans étonnement majeur que, sous la rédaction en chef de Pierre-André Chapatte, Le Pays fusionne en 1993 avec Le Démocrate de Delémont. Le Quotidien Jurassien est né.

Le Nouvelliste

Tandis que les catholiques de Genève, Fribourg et Jura se sont dotés d’un organe spécifique, éprouvait-on un même besoin en Valais ? A la fin du 19e siècle, on compte 4 journaux d’opinion, dont l’Ami du peuple valaisan, hebdomadaire « dévoué aux intérêts religieux et matériels du pays », fondé en 1878 par… le chanoine Schorderet de Fribourg.36

Puis naît en 1903 un nouveau journal tri-hebdomadaire à Saint-Maurice : c’est Le Nouvelliste37, fondé et porté, selon l’histoire officielle, par Charles Haegler, quoique l’intuition de départ provienne d’un chanoine de l’Abbaye de Saint-Maurice, Louis Cergneux (1867-1931). Le journal qui a pour devise « Pour l’Église et pour le Peuple ! » est imprimé aux Terreaux à Saint-Maurice, dans un atelier constitué par les demoiselles qui vont devenir bientôt les Sœurs de Saint-Augustin. Haegler signe souvent Ch. Saint-Maurice. Comme jeune homme, il avait collaboré au Nouvelliste de Lyon et au Courrier de Genève. A Saint-Maurice, il va s’engager en politique dans le Parti Conservateur, devient municipal, député, président du Grand conseil, préfet. A sa mort en 1949, c’est André Luisier qui lui succède.

Une ère d’expansion va s’ouvrir pour Le Nouvelliste qui fusionne avec Le Rhône (1960) puis avec La Feuille d’Avis du Valais (1968). C’est aussi une période où le journal d’opinion – et faiseur d’opinions – se crée des inimitiés, par des sympathies jugées excessives, par exemple pour le mouvement intégriste de Mgr Lefebvre. Mais Le Nouvelliste se veut indépendant de toute pression, y compris celles de l’Église et des grands groupes de presse suisses.38 La page « Église » née dans les années Ballestraz s’est transformée en une page « Églises » très appréciées des partenaires.

Échos de Saint-Maurice

Il n’est pas usuel qu’un chanoine s’équipe d’une presse à imprimer. Avant Le Nouvelliste, Louis Cergneux s’était lancé dans l’impression et l’édition avec Les Échos de Saint-Maurice. Le premier numéro sort en juin 1899. Cette revue de l’Abbaye dure toujours. Le chanoine Cergneux est directeur spirituel de la jeune Marie-Thérèse Sidler avec qui il conçoit la création d’une institution religieuse au service de la presse et de l’édition, afin de « donner une voix à Dieu ». Le groupe se dévoue pour Les Échos de Saint-Maurice et pour Le Nouvelliste (jusqu’en 1923), fonde une librairie, et est officiellement constitué en 1905 comme Société de l’Œuvre de Saint-Augustin et en 1906 comme Congrégation religieuse diocésaine.

Bulletin paroissial

Quand le chanoine Cergneux est en quelque sorte écarté de sa passion d’« imprimeur pour la bonne cause », il devient curé de Vernayaz. Et là il peut, pour ses paroissiens, lancer le premier Bulletin paroissial en mars 1908. Il explicite ses buts : « Mettre le pasteur en communication régulière avec ses fidèles… être utile à tous… ». La manière dont il s’adresse aux malades, aux parents trop occupés, aux ouvriers pour qui le dimanche n’est pas facile à sanctifier, fait penser à la façon dont le pape François encourage à partager l’Évangile jusqu’aux « périphéries ».39

L’idée d’un bulletin paroissial mensuel essaime rapidement, d’abord en Valais francophone, mais aussi à Fribourg, Genève, au Jura, un peu dans le canton de Vaud où une autre réalisation va naître.40 L’Œuvre Saint-Augustin s’est aussi étendue au Tessin, a fondé la Tipografia La Buona Stampa et le Bolletino parrocchiale, puis a créé les Pfarrblätter en Suisse alémanique dès 1924. Quant au bulletin francophone, il comprend un fond commun et une partie paroissiale propre, ce qui nécessite de réaliser autant d’éditions que de paroisses partenaires. Le tirage va grimper de 114’000 exemplaires en 1950 à 165’000 dans la période de l’après-Concile.41

Le nom évoluera aussi : le Bulletin devient Vie, Paroisses Vivantes, puis aujourd’hui L’essentiel, avec 53 éditions régionales. Enfin, l’Œuvre s’est restructurée au fil des besoins avec l’appui de laïcs, mais surtout dans la vigilance constante de Sœur Claire Donnet-Descartes. Lorsque s’est achevé son dernier mandat de Supérieure générale en 2011, c’est une religieuse issue de la Mission au Togo qui lui a succédé, Sœur Marie-Reine Amouzou, mais depuis 2003, les éditions et les librairies sont dirigées par Madame Anne-Dominique Puenzieux.

L’Écho Vaudois

Si le mensuel correspond bien à une région où règne un quotidien catholique (FR, GE, JU, VS), le besoin est différent dans un canton « dominé par une presse radicale ou protestante ». Ainsi dans le canton de Vaud quelques curés lancent-ils l’idée de L’Écho Vaudois, un périodique qui réponde aux besoins des catholiques vaudois. Ils en confient la réalisation au curé de Rumine, l’abbé Marius Besson. Le 1er numéro paraît le 10 décembre 1910. Sur abonnement ou par distribution à la sortie des offices, L’Écho va son chemin et s’étend au canton de Neuchâtel en 1920. Et bien plus tard aux paroisses du Jura Bernois, atteignant ainsi jusqu’à 20’000 exemplaires. L’Écho Vaudois deviendra L’Écho Romand. Chaque édition est centrée sur l’actualité de l’Église locale et universelle, avec une fidélité de cœur à ses réalisations, et dans la détestation des polémiques.

L’abbé Paul Theurillat a pris le relais de Marius Besson devenu évêque, puis l’abbé Joseph Beaud lui succède jusqu’en 1997, ce qui fait qu’à eux seuls, trois rédacteurs en chef ont porté le journal pendant 87 ans. « L’Écho à l’abbé Beaud » a été victime d’une gestion à la bonne franquette ne permettant pas à temps un renouvellement rédactionnel. La situation est difficile quand Bernard Litzler, laïc formé en théologie à Fribourg, en reprend la direction en 1997. Alors que L’Écho romand s’arrête en 2002, un accord avec les Éditions Saint-Augustin permet d’éditer une version Écho des paroisses jusqu’en 2004. Le dernier comité a reçu des signes de reconnaissance émouvants de la part d’anciens lecteurs, mais à Fribourg l’évêché n’a pas pensé à dire merci pour tant d’années !

L’Écho Magazine

Un autre Écho continue à se maintenir sur la place romande. C’est L’Écho Illustré fondé en 1930 à Genève à l’instigation de Mgr Besson (encore lui !). L’abbé Henri Carlier est premier rédacteur en chef et peut compter sur une série de correspondants et chroniqueurs, dont Gonzague de Reynold. L’Écho Illustré renforce sa notoriété en publiant dès 1932 les aventures de Tintin, avec en tout premier Tintin chez les Soviets. Jean Dupont, rédacteur en chef autour des années 50 fut sollicité par Hergé pour faire des repérages en vue de l’album L’affaire Tournesol. Dans les planches d’Hergé on peut voir figurer à deux reprises L’Écho Illustré : Tintin apparaît en « reporter de l’Écho Illustré » ; quant au capitaine Haddock, on le voit portant sous le bras le magazine genevois.

Pendant les années 30, le journal tenu par l’abbé Chavanne est certes anticommuniste, mais il est plutôt hésitant dans la critique du nazisme, et cela jusqu’à ce qu’arrive René Leyvraz – entre ses deux périodes au Courrier – qui n’hésite pas à dénoncer l’antisémitisme. Plus tard, l’hebdomadaire excelle à faire de beaux numéros sur de grands événements romains ou nationaux, mais il est beaucoup plus timide pour tenir une position claire face à l’intégrisme d’Ecône : « Il ne faut pas heurter les lecteurs ! », disait-on.

Une belle époque s’ouvre en 1985 avec l’arrivée à la barre du jésuite Albert Longchamp. Ses éditoriaux font date. Et c’est lui qui prend le pari de faire évoluer le titre L’Écho Illustré vers L’Écho Magazine. Son engagement à toute épreuve se tourne vers d’autres responsabilités en 2003, et c’est avec bonheur qu’il passe les commandes à Bernard Litzler… jusqu’à ce que celui-ci soit appelé au CCRT en 2009. C’est alors qu’arrive de La Liberté Patrice Favre.

L’Angelus

Distribué à 15’000 exemplaires aux paroissiens de Bienne et environs, l’Angelus est un cas singulier de presse paroissiale. Ce titre créé en 1909 a la particularité d’avoir des pages en allemand, en italien, en espagnol et en français. Hebdomadaire à l’origine, l’Angelus est mensuel depuis septembre 2017 et fait partie d’un plan de communication comprenant l’internet et des émissions en radios et télévision locales. Christiane Elmer est la rédactrice francophone.

Évangile et Mission

En 1972, l’abbé Albert Menoud, professeur de philosophie au Collège Saint-Michel à Fribourg, se voit confier la feuille officielle des diocèses : il transforme La Semaine catholique en un instrument pastoral dont le titre est un vrai programme : Évangile et Mission.

La publication a commencé en 1872 par être delémontaine, puis jurassienne. Elle est adoptée en 1914 comme feuille officielle du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Le diocèse de Sion se rallie à la Semaine catholique au moment du Synode 72. Ce fut un instrument précieux pour le clergé qui découvre les nominations, les décès, les actes officiels des diocèses et du Saint-Siège. Toutes informations qu’on peut aller chercher aujourd’hui avec un peu de zèle sur les divers sites internet des diocèses et des vicariats cantonaux. Évangile et Mission est décédé à fin 2012.

Choisir

Parmi les revues des ordres religieux, Choisir occupe une place spéciale dans le monde culturel romand depuis sa fondation en novembre 1959 à Fribourg. Parmi les fondateurs, les pères Robert Stalder, Raymond Bréchet, Jean Nicod, qui ne tardent pas à s’installer à Genève. Malgré des signatures prestigieuses, le P. Congar, Gabriel Marcel, Maurice Zundel, Lukas Vischer, Karl Rahner, ou Leonardo Boff, le mensuel des jésuites de Genève a connu des tensions à la mesure même des remises en question qui agitaient l’Église de la période conciliaire. Une censure ecclésiastique de dernière minute, à l’encontre d’un article discutant du Synode hollandais et du célibat des prêtres, s’est soldée par 5 pages blanches dans le numéro 124 de février 1970. Plus tard, alors qu’est publié en février 1981 un article-enquête sur l’Opus Dei et dont il n’est pas l’auteur, le Père Albert Longchamp reçoit l’ordre de Rome de ne plus s’exprimer à ce sujet. La mesure d’interdiction de parole ne sera levée qu’en 2003, alors qu’à Rome on l’avait sans doute oubliée depuis longtemps.

En étant tête chercheuse à l’égard de la science, des arts, des mouvements sociaux, de l’œcuménisme, la revue Choisir a certainement joué un rôle fort dans l’attachement que des catholiques ouverts aux réformes ont gardé envers l’Église. Choisir rencontre la crise que connaît la presse spécialisée, mais son expression passe désormais par un trimestriel qu’accompagne un site internet plein d’inédits.42 Le réseau jésuite, spécialement dans les mondes européen et américain, permet des approches originales et documentées pour cette publication qui se définit elle-même comme « organe de discernement ».

Et encore des titres

Sources est l’autre publication romande d’un grand ordre religieux, celui des Dominicains. Leur revue entre en scène en 1975 à Fribourg, avec pour rédacteurs des dominicains et quelques laïcs. Les nouvelles de la vie dominicaine ont une belle place, mais aussi les réflexions proprement théologiques, avec une part pour la prière ou la poésie. Le Père Guy Musy aura été la cheville ouvrière d’une grande partie de l’histoire de la revue. Elle est aujourd’hui entrée dans une version internet grâce à un hébergement auprès de www.cath.ch.

Grandir se définit comme « revue spirituelle romande ». Initiative des religieuses de l’œuvre Séraphique de Soleure en 1926, la revue est aujourd’hui éditée à Porrentruy, avec un parrainage de l’Église du Jura Pastoral. L’équipe rédactionnelle est fédérée par Michèle Fringeli.

Itinéraires est un trimestriel né de la volonté de Jean-Samuel Grand, imprimeur et éditeur des éditions Ouverture. Protestante et œcuménique, la revue publie dans une grande qualité artistique des dossiers thématiques.

N’en citons pas davantage : les mouvements, la jeunesse, le monde missionnaire, ont aussi leurs publications, à destination de leurs membres et amis. Les tirages sont peut-être confidentiels mais la « fonction de reliance » est importante. Qu’elle prenne la forme traditionnelle de l’écrit ou l’option numérique, cette presse est essentielle pour la vitalité des communautés qui se constituent et se fortifient. Elle est fragile, mais indépendante des fortes interrogations économiques qui touchent la presse quotidienne et hebdomadaire.

A cette heure, les quotidiens des cantons dits catholiques se maintiennent avec une belle assurance. Certes, ce n’est plus la dimension confessionnelle qui est déterminante, mais l’identité régionale. N’empêche que les mutations ont été importantes. Pour un journal comme La Liberté à Fribourg, François Gross a joué un rôle majeur pour que le quotidien – que les grincheux et méfiants avaient même appelé « La menteuse » – se libère des impératifs du parti conservateur dominant et de la chancellerie de la rue de Lausanne. Ses successeurs43 ont su garantir au quotidien fribourgeois une crédibilité forte, tandis que La Gruyère à Bulle a appris à être « un autre journal » du cru, dépassant la concurrence héréditaire, et au service d’un lectorat ataviquement fidèle.

Dans le Jura, le PAC – Pierre-André Chapatte – a su manœuvrer pour que les acquis du Pays demeurent, tandis qu’à Genève, Le Courrier s’est démarqué sur la place publique par une orientation tournée vers les droits de l’homme, puis aussi vers les classes postulant un appui de gauche. Malgré la séparation d’avec la matrice historique de l’Église catholique, le journal de combat sait qu’il compte sur des amis. Parfois une presse pauvre en moyens se donne autant de chances de survie, car les décisions ne dépendent précisément pas des baillis financiers d’ailleurs.

Audiovisuel : Ecoutez et voyez

Le vendredi 10 mai 1940, 700’000 Suisses sont appelés par la Mobilisation Générale, dont 450’000 hommes en situation de combattre aux frontières. Les troupes allemandes qui dominent déjà l’Autriche, la Pologne, les pays nordiques, viennent d’attaquer les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg et menacent la France sur plusieurs fronts. Le moral est sinistrement bas. Les dimanches qui encadrent la Mobilisation sont les dates des premières messes régulièrement radiodiffusées en Suisse romande. Le 5 mai 1940, le studio de Genève assure la transmission de la paroisse Sainte-Croix à Carouge ; le 12 mai, c’est Radio Lausanne qui s’occupe de la première diffusion en l’Abbaye de Saint-Maurice. On n’a pas conservé ce qu’ont dit les prédicateurs de ces temps dramatiques.

Un protestant, le technicien Désiré Blanc fut chargé de la première installation à la basilique de Saint-Maurice. A peine avait-il achevé les préparatifs qu’un chanoine vient s’enquérir si tout fonctionne : « P parce que, dit-il, d d demain, c’est moi qui p p prêche ». Reçu par l’Abbé pour donner quittance du travail parfaitement prêt pour le lendemain, le technicien est aussitôt rassuré par le Père Abbé, Mgr Burquier : « Ah, mais c’est le chanoine Dayer ! Il ne bégaie jamais quand il prêche ».

Le lendemain, le chanoine Maxime Bregnard préside avec diacre et sous-diacre, le chanoine Georges Revaz dirige la Schola, et le chanoine Isaac Dayer, professeur de philosophie et futur recteur du Collège, prêche. Il n’existe en archive sonore qu’un fragment du Credo du jour. La Messe radiodiffusée de Saint-Maurice a traversé les décennies pour être aujourd’hui encore la référence de la fidélité et de la qualité liturgique.

Pourquoi la messe en 1940, alors que la Radio naît en 1922 et que quelques mois plus tard déjà les protestants célébraient un culte chaque dimanche soir, puis deux par dimanche ? Il y avait objection de principe tant à Rome que dans nombre de diocèses : les fidèles ne déserteraient-ils pas l’office dominical, si la radiodiffusion l’apportait à domicile ? Pourtant, depuis que le pape Pie XI avait inauguré Radio-Vatican en 1931, des transmissions ont surgi un peu partout, à Hilversum, Varsovie, Milan, Paris. Mais Radio-Paris doit renoncer à la messe en raison de la subite prise de conscience de… la laïcité de l’Etat. A cause d’une immense pétition lancée par François Mauriac et le Père Roguet, on se tourne vers une solution de rechange : Radio Luxembourg dispose d’un temps d’antenne le jeudi. Alors ce sera la « messe du jeudi » transmise de l’abbaye bénédictine Saint-Maurice à Clervaux, au Luxembourg.

C’est cette transmission, dite « Messe des malades », qu’on écoute en Suisse romande sur les ondes longues. Mais la guerre s’abat à nouveau sur l’Europe, l’émetteur luxembourgeois cesse d’émettre. Et les Romands demandent à l’évêque Besson d’intervenir pour que la messe soit diffusée chez nous. Ainsi fut fait.44

Même si Radio Lausanne et Radio Genève appartiennent alors à une aire culturelle pour le moins protestante, les catholiques ont noué des liens avec la radio avant 1940. Ils interviennent sporadiquement sur les ondes dès 1925-28, sous la forme d’une « causerie » ou d’un « culte catholique ». L’évêque prend parfois la parole, mais il se fait aider par des prêtres lausannois et genevois, tels le curé Georges Borel45, le chancelier Arni, le vicaire général Petite à Genève et quelques prêtres comme le curé Ramuz et surtout l’abbé Haas.

Jacques Haas est né à Nyon en 1908, fils du pâtissier de la rue Saint-Jean. Il est vicaire à Montreux en 1932, curé fondateur de la paroisse St-Joseph dans l’ouest lausannois en 1935. Dès 1936, il intervient de plus en plus souvent à Radio Lausanne, au point qu’il devient la référence catholique. En 1946, on l’envoie couvrir à Rome le Consistoire ; il en profite pour obtenir que le pape Pie XII adresse un message à la Suisse pour le Jeûne fédéral qui précède la canonisation de Nicolas de Flue. Le Journal Radio le montre prenant l’avion pour suivre le congrès Eucharistique de 1950 à Barcelone. En 1951, il participe aux premiers essais de télévision à Lausanne. Parlant en circuit interne au studio de Radio Lausanne, il sera vu par ses confrères prêtres lausannois réunis à la salle paroissiale de Saint-Joseph. La télévision naîtra chez nous deux ans plus tard.

Avec l’abbé Haas et le pasteur Robert Stahler, « les Églises » ont pris tous les contacts utiles pour que la Télévision Suisse Romande, qui commence en automne 1953, intègre des émissions religieuses.46 L’automne même un culte protestant est transmis de la cathédrale Saint-Pierre à Genève, tandis que la première messe télévisée de l’histoire romande provient de Romont le 22 mai 1954.

Jacques Haas est sur tous les fronts, y compris internationaux, comme nous le verrons plus loin, ce qui ne l’empêche pas de fonder une deuxième paroisse, le Bon Pasteur à Prilly, et, dans le quartier lausannois de Boisy, une troisième justement dédiée au Saint-Esprit : comme les ondes, « Il vient d’on ne sait où et va on ne sait où ».

1958 marque un tournant pour Haas. Il fonde le Centre catholique de Radio et Télévision (CCRT).47 Autrement dit, il structure juridiquement et financièrement une activité radiophonique et télévisuelle qui est croissante. Toujours entouré d’amis, il fait appel à plusieurs d’entre eux pour constituer le conseil d’administration et acquérir une petite villa proche de la cure du Saint-Esprit. Il libère ainsi la cure pour l’abbé Henri Nicod en 1963. Ce même abbé Nicod qui va entrer à la Télévision en avril 1967 pour s’y former comme réalisateur des émissions catholiques.

A l’approche de l’Expo 64, c’est encore Jacques Haas qui siège dans la commission œcuménique préparatoire, avec notamment l’abbé Pierre Mamie, le pasteur André Bovon, le curé catholique-chrétien Léon Gauthier48. Le sanctuaire œcuménique avec son magnifique carillon accueillera chaque jour à midi un moment de réflexion religieuse, qui est en outre radiodiffusé sur les ondes de Sottens. Après peu de jours, l’exercice difficile ne sera confié qu’à deux voix que l’histoire retiendra : celles de l’abbé Georges Juvet49, curé de Saint-Amédée à Lausanne, et du pasteur Philippe Zeissig, aumônier de la jeunesse protestante vaudoise. Leur message devient La Minute œcuménique. Le succès est tel que dès l’Expo 64 terminée, les deux amis verront inscrire leur billet spirituel au programme du Journal du matin à la Radio Suisse Romande.

Après avoir travaillé aux documents que le Concile puis le Saint-Siège ont publiés sur les médias, Monseigneur Jacques Haas50 est heureux d’organiser, du 9 au 12 janvier 1972 à Crêt-Bérard (Puidoux), un séminaire sur l’instruction pastorale Communion et Progrès parue quelques mois plus tôt à Rome. Il a fait venir comme conférencier le Père Lucien Guissard, de La Croix de Paris. Sont réunis une trentaine de personnes : elles font partie des équipes-conseils pour les émissions catholiques à la radio ou à la télévision ; il y a aussi des représentants de la presse catholique romande et les responsables catholiques de Zurich et de Lugano. Sur une photo historique probablement prise par l’abbé Joseph Beaud, qui pourrait se douter que se trouvent présents – fortuitement – deux successeurs de Monseigneur Haas ? Un an plus tard, Jacques Haas décède au retour d’un voyage dans quatre pays du Sud : il n’a juste pas atteint 65 ans.

L’œuvre continue avec l’abbé André Babel, venu du Courrier de Genève. Il était bien connu de toute la Suisse romande pour avoir été chroniqueur à la fin du Concile. Directeur du CCRT de 1973 à 1988, André Babel peut compter sur l’abbé Jacques Richoz pour les émissions de Radio (Messes, Vivre ensemble sur la planète, La foi et la vie), l’abbé Georges Juvet pour Radio Suisse internationale, l’abbé Henri Nicod pour les émissions catholiques de télévision (Messes, Présence catholique, C’est demain dimanche, Méditation). Après 10 années de réalisation télévisuelle, l’abbé Nicod transmet en 1977 la responsabilité à un jeune prêtre, l’abbé Michel Demierre. A son nom se rattachent des émissions comme Vespérales, Empreintes, Regards, Racines, tandis qu’il a joué un rôle majeur pour le perfectionnement des Messes télévisées et pour la collaboration entre pays, grâce aux services de l’Eurovision. Aujourd’hui, l’émission magazine se nomme Faut pas croire.

Lorsqu’André Babel dirigeait le CCRT, la fameuse « dérégulation du monopole SSR » commençait. On peut aussi dire l’expansion du champ des possibilités techniques et juridiques pour émettre en radio et télévision. Tandis qu’il gardait la haute main sur les réalisations romandes, le CCRT a collaboré avec celles et ceux qui voulaient, cantonalement ou localement, lancer des émissions religieuses.51 Ainsi d’abord à Martigny, Fribourg ou Neuchâtel. Genève avec Radio-Cité a été d’emblée autonome et à l’abri de tout conseil. Aujourd’hui, c’est l’extension offerte par le numérique qui ouvre de nouvelles possibilités, toutes intéressantes à la mesure du public qui les rejoint.

Revenons en 1976 : curieusement, lorsque le premier journaliste permanent laïc est entré à la Radio Suisse Romande pour succéder à l’abbé Richoz, il n’a trouvé autour de lui que des capitaines aumôniers ! Richoz, Babel, Juvet, Nicod l’étaient ; et côté protestant, on avait les capitaines et pasteurs Grivel, Gilliéron, Zeissig. Effet du hasard ? Quant à l’œcuménisme radiophonique, il est devenu progressivement une seconde nature. Le directeur de la Radio Suisse Romande, Bernard Nicod, a souhaité que pour la grille des programmes ouvrant l’année 1976, on remplace divers quarts d’heure protestants et catholiques dispersés dans les programmes par un magazine œcuménique unique : ainsi naquit sur le Programme RSR2 ou Espace 2 le magazine œcuménique Sur la terre comme au ciel, devenu Terre et Ciel, décliné ultérieurement en Paraboles, A vue d’esprit, puis Babel à fin 2016. Sur La Première, le magazine Hautes Fréquences continue à être une vraie réussite par le ton et le choix de ses sujets.

Les collaborateurs engagés dès les années 80 furent des laïcs, disposant de la double compétence en journalisme et en théologie. La Minute œcuménique de 1964 a pris des formes successives pour devenir enfin la Chronique de RTSreligion. RTSreligion issu du partenariat entre émissions protestantes, émissions catholiques et la Radio Télévision Suisse (RTS) est un site internet qui permet de retrouver systématiquement les contributions en matière religieuse sur les ondes romandes. Mais c’est aussi la garantie d’un traitement compétent et permanent de la thématique religieuse dans l’espace public.52 On a bien ressenti la reconnaissance du rôle des émissions religieuses, quand ont été prises à leur encontre des mesures excessives d’économies : au tournant de l’an 2016, 25’000 signataires, en provenance de tous milieux confessionnels, politiques, culturels et artistiques, se sont alors mobilisés avec la pétition Soutenons RTSreligion.53

Aujourd’hui, les émissions religieuses à la Radio Télévision Suisse (RTS) sont assumées par les deux équipes : Médias-Pro dont le pasteur Michel Kocher est le directeur et Cath-Info que dirige Bernard Litzler.54 Les deux institutions sont au bénéfice d’une convention avec la RTS qui leur confère une vraie responsabilité éditoriale.

Cath-Info et Médias-Pro ont la capacité de représenter les Églises mais aussi la mission de donner expression à d’autres confessions et religions.

Le cadre dans lequel les émissions religieuses évoluent permet aux équipes à l’œuvre d’être à la pointe des innovations technologiques et d’inventer toujours les offres à un public qui ne demande qu’à être intéressé.

Au-delà des frontières

On est en 1959 à Madrid. Mais qu’allaient donc faire l’abbé Jacques Haas et Monseigneur François Charrière en compagnie du général Franco ? Ils étaient reçus à la cour du Généralissime avec l’ensemble du bureau exécutif d’Unda.55

Unda était l’organisation internationale qu’avaient créée en 1928 quelques catholiques européens passionnés par les perspectives d’évangélisation offertes par la radiophonie nouvelle ! L’association est née la même année que l’OCIC, Organisation catholique internationale du cinéma et juste après l’UCIP, Union catholique internationale de la presse. Avec la Guerre de 39-45, ces Européens ont rencontré beaucoup d’entraves pour coordonner leur travail et échanger leurs expériences. Unda a été remise en route en 1947, à Fribourg où se trouve désormais le siège juridique. En outre l’abbé Josef Schneuwly, professeur au Technicum de Fribourg, a été engagé pour s’occuper du secrétariat mondial. Le Saint-Siège sollicite l’aide de Mgr Charrière qui accepte en 1949 la fonction d’« évêque protecteur » à la condition d’avoir un assistant ecclésiastique : c’est Jacques Haas. Tout naturellement.

Dès lors, pour le curé lausannois de Saint-Joseph, les réunions et voyages se succèdent. Amsterdam, Paris, Vienne, Madrid, Cologne, Monte-Carlo, et plus tard Manille, Rio, Buenos-Aires, le Rwanda, les Seychelles. L’engagement de Haas est tel qu’il est nommé président mondial d’Unda en 1962, et cela pour six ans.56 A cause de ce mandat, il est connu à Rome. Il entre au « Conseil pour la presse, la radio et les spectacles », il travaille au document du concile sur les médias Inter Mirifica. Le texte voté est si insatisfaisant, que le Père Pichard, de Paris, Jacques Haas et d’autres, se remettent au travail pour faire publier un document d’application signé du pape Paul VI en mai 1971 : c’est l’instruction pastorale Communio et Progressio.57

Mgr Haas incarne parmi d’autres l’engagement de Suisses, et de Suisses romands, dans les structures internationales. Il est pratiquement à l’origine des premières journées internationales sur la télévision, et, en 1958 à Monte-Carlo58, l’un des initiateurs du Festival de télévision catholique. Celui-ci, devenu œcuménique en 1969, continue d’avoir lieu chaque trois ans dans un pays d’Europe.59

Quand Unda sera structurée en sections continentales, la présidence européenne sera assumée par l’abbé André Babel pendant deux mandats de 1983 à 1989.60 Il lui était revenu d’accueillir en 1977 à Montreux le Festival européen de télévision UNDA-WACC.61 Le responsable des liturgies télévisées en Suisse alémanique, le Père Willi Anderau, a aussi assumé le mandat de trésorier d’Unda-Europe pendant quelques années.

Dans les années 1950, le Conseil exé- cutif d’Unda est reçu plus d’une fois par le pape Pie XII qui participe tout naturellement, pour le Vatican, au lancement des transmissions de l’Eurovision en juin 1954.62 Unda a sans doute favorisé les concertations européennes qui se sont faites pour la transmission de la messe en Eurovision lors des grandes fêtes, et cela dès les débuts de la TV. Les Romands et les Tessinois ont été particulièrement inventifs en faveur du perfectionnement et de la qualité des liturgies télévisées.63

Plusieurs Suisses Romands chargés des émissions catholiques à la Radio-Télévision romande ont aussi accompagné, chaque année de 1975 à 2002, les sessions de formation aux médias créées à Lyon par le Père Pierre Babin à l’enseigne du CREC (Centre de Recherche et d’Education en Communication). Des centaines de stagiaires, principalement d’Afrique et d’Asie, ont constitué ainsi un réseau d’acteurs d’une communication centrée sur le dialogue et le respect des cultures. L’œuvre du CREC-International se poursuit aujourd’hui avec des sessions de formation données directement dans les pays d’Outre-Mer, à l’intention des séminaires, des évêques et des journalistes au service de l’Église.64

Dans le domaine de la télévision au-delà de nos seules frontières, on peut signaler que les protestants francophones ont créé en 1967 le Séminaire et Prix Farel. Cette institution francophone est devenue rapidement œcuménique. Cath-Info y participe pleinement, chaque deux ans à Neuchâtel pour le Prix, et les autres années dans un pays latinophone pour des journées d’étude.65

Les concertations européennes dans le domaine des émissions religieuses de radio n’ont pas été très développées. Unda et WACC ont organisé de rares séminaires jusque dans les années 1990. En revanche des radios se sont fédérées en 1994 dans la CERC ou Conférence Européenne des Radios Chrétiennes. Les délégués de 650 stations confessionnelles ou œcuméniques, appartenant à 15 pays, se rencontrent chaque année en Europe. Les émissions religieuses de la Radio Suisse Romande ont suivi plusieurs fois ces rencontres avec Raphaël Pasquier, qui a été journaliste du CCRT de 1981 à 2011.66

Dans le domaine du cinéma, le Père Ambros Eichenberger à Zurich a assumé la présidence mondiale d’OCIC, tandis qu’à Fribourg Yvan Stern était de toutes les initiatives touchant le cinéma. Avec une structure légère dénommée Cinédia, il a contribué à la création de la revue oecuménique Ciné-feuilles67 et participé comme membre du jury à plusieurs festivals internationaux.68 Avec Magda Bossy et l’appui de Freddy Buache, il crée en 1980 le Festival de Films du Tiers-monde, qui est aujourd’hui le FIFF, Festival international de films de Fribourg. Depuis la disparition de Cinédia par interruption de tout subside d’Églises, la présence catholique dans le cinéma est devenue le monopole de la Suisse alémanique.

Une autre activité connexe a traversé les frontières, c’est CIRIC, le Centre international de reportage et d’information culturelle fondé à Genève en 1961 par le Père Pierre Chevalier. Le principal artiste photographe a été Jean-Claude Gadmer dès 1971. Après la mort prématurée du Père Chevalier, avec l’arrivée du numérique, CIRIC a connu des difficultés. En même temps que Cinédia, CIRIC a été déclaré non prioritaire pour la vie de l’Église et a donc fermé le 31 décembre 2006.69 Précédemment déjà, une partie du stock avait été cédée à CIRIC-France70 qui continue l‘activité d’agence photographique en étant rattaché au groupe Bayard Presse à Paris.

En matière d’images et de vidéo, on peut signaler encore deux initiatives qui, à défaut de durer, ont eu un rôle d’éveil : l’association œcuménique Communication Communautaire voulait aider les communautés à s’approprier du nouvel instrument qu’était la vidéo ; et le SIDAV, Service audiovisuel, comme banque de documents, était à disposition des centres de catéchèse.71 Ces associations sont une attestation de l’esprit d’initiative de gens d’Églises qui ont eu rapidement et spontanément une attitude positive à l’égard des médias et de leur pouvoir édificateur au sein des communautés.

La 3e organisation internationale est celle qui concerne la presse, l’UCIP dont le siège a été très longtemps à Genève. Des responsabilités ont été assumées par le Père Bruno Holtz qui fut secrétaire général, tandis que Hugo Baeriswyl puis Albert Noth (administrateur Saint-Paul, Fribourg), le Père Albert Longchamp (Écho Magazine) et Jacques Berset (Apic) ont présidé diverses sections mondiales de l’UCIP (éditeurs, agences, journalistes). Cette organisation est en veilleuse depuis une grave crise en 2011.72

En Suisse romande, à l’inverse de sa petitesse, on a toujours porté une grande attention aux lieux d’échanges internationaux, souvent plus fructueux que les seuls rapports bilatéraux. Mais les structures d’entreprises ne favorisent plus guère l’engagement de collaborateurs pour assumer des charges au service d’un ensemble plus grand. En revanche, pendant ces dernières années, une évolution importante s’est dessinée en faveur de la communication interne et des relations publiques des diverses entités ecclésiales.

Pour la Conférence des évêques suisses, ce fut un effet du Synode 72 que de créer un vrai poste d’attaché de presse. Le Synode suisse avait disposé de 1971 à 1975 de deux attachés de presse. De nombreux contacts ont alors été créés avec la presse généraliste. Le Synode 72 a eu la visite à Fribourg de journalistes du Monde, du Figaro, ainsi que de la presse protestante et de la Radio Télévision Suisse Romande. Tout comme le Concile Vatican II avait retenu un document sur les médias parmi les 16 adoptés, le Synode consacrait le 12e et dernier thème à la communication.

La logique voulait que l’Église fasse ce qu’elle encourageait : devenir communicante, et si possible transparente. Petit à petit ce sont les diocèses, les vicariats cantonaux, puis les collectivités ecclésiastiques qui ont engagé des journalistes pour en faire des attachés de presse, avec charge de coordonner la communication immédiate, la collaboration avec la radio locale, voire la télévision régionale, la tenue d’un site internet.

En outre, après de multiples efforts pour coordonner les médias catholiques au niveau institutionnel suisse, la Conférence des évêques s’est donnée en 1984, une Commission des médias. Celle-ci n’a pas le pouvoir de l’argent, sauf à gérer sub conditione la quête du Dimanche des médias.73 Dans ses belles années, elle a été présidée successivement par Marlis Widmer, d’Appenzell, puis par l’abbé André Babel et le Père Albert Longchamp. De 1994 à 2013, la Commission patronnait le Prix catholique des médias, manière de souligner qu’il existe aussi de magnifiques réalisations en dehors du sérail catholique.

Aujourd’hui, on ne serait pas dans l’erreur en disant que les Églises ont investi davantage dans leur communication propre locale que dans leur contribution à une communication journalistique à échelle régionale. La communication de proximité est louable ; l’accès à la grande scène publique est nécessaire, sans quoi les fameuses « périphéries » ne sont guère touchées.

***

Un microcosme, la Suisse romande. Plutôt un microclimat. Tous les acteurs de la communication en Église se connaissent. Ils sont certes en plus grand nombre qu’autrefois, mais les titres de publications sont moins nombreux. En novembre 1988 à Lausanne, une Rencontre Chrétiens-Médias avait publié un inventaire de plus de 60 titres catholiques diffusés en Suisse romande. Mais le nombre importe moins que la capacité de rencontrer et servir les publics. La seule finalité est de montrer des chemins qui conduisent à Dieu, et qui aident nos contemporains à mettre leur pas dans ceux de Jésus qui aime, pardonne et fortifie. Pour y parvenir, les réponses institutionnelles ont davantage d’obstacles à franchir, et le soupçon de marketing religieux fait fuir.

Il y a donc de nouveaux positionnements à trouver. Il faut pouvoir offrir des rendez-vous de référence qui fidélisent, et en même temps surfer sur l’éphémère des réseaux sociaux capables de mettre en appétit. Quelques images de notre passé médiatique d’un siècle montrent les réussites enthousiasmantes de celles et ceux qui s’y sont risqués avant nous et pour nous.

Fussnoten

  1. Par exemple, le chanoine Joseph Schorderet fait l’objet d’une somme exceptionnelle en 664 pages et un volume d’index : Dominique Barthélemy OP, Diffuser au lieu d’interdire. Le chanoine Joseph Schorderet (1840-1893), Éditions Saint-Paul Fribourg Paris et Éditions Universitaires Fribourg Suisse, 1993.
  2. La Ligue, ainsi qu’on l’appelle usuellement, correspond au Schweizerischer katholischer Presseverein (SKPV). A noter qu’on écrit Pressverein jusqu’en 1966, avant de choisir définitivement Presseverein. Le mot Ligue est de son côté abandonné en 2006 pour laisser la place à Association catholique suisse pour la presse (ACSP). Le président actuel en est le journaliste Markus Vögtlin et le secrétaire Melchior Etlin.
  3. Le site du Presseverein skpv.ch a numérisé et publié les 100 rapports annuels qui ont marqué son existence. Les rapports ont une partie en français dès 1973. Une source impressionnante sous l’onglet « Über uns ».
  4. Sous ce nom, une agence de presse qui se confondra avec le service de presse du Parti Conservateur.
  5. Presseverein : Rapport 1933, p. 17-23 ; puis Rapport 1940, p. 11.
  6. Il est devenu « Camérier secret de Sa Sainteté » en 1938. Il sera aussi « Prélat de Sa Sainteté » en 1957, puis « Protonotaire apostolique » en 1962, toutes fonctions qui restent bien obscures, sauf à savoir que l’Église catholique veut rendre hommage à un prêtre particulièrement méritant.
  7. Thèmes des Pressetage, journées d’étude du Presseverein, notamment à Schwyz en 1926, à Zoug en 1930.
  8. Le Conseil d’Etat fribourgeois décide le 29 août 1941 de créer un « Seminar für Leitungskunde » à l’Université.
  9. La collecte suisse permettra de réunir des sommes culminant à 481’000 francs en 1991, et donc de soutenir de multiples projets. Le produit de la collecte est descendu en-dessous de 300’000 francs à partir de 2014.
  10. Le premier siège de la Ligue fut créé à Winterthur, déplacé à Zurich (à la Löwenstrasse, puis à l’Elisabethenstrasse), avant de suivre la présidence à Zoug
  11. Créée en 1963 à Olten et présidée par le Dr Max Gressly, cette association – faute de combattants – est dissoute en 2006.
  12. Présidée par Maurice Page, l’ASJC compte une centaine de membres. Elle a absorbé le Groupe romand des informateurs religieux qui, depuis la fin du Synode 72, se réunissait chaque mois à Lausanne, à l’initiative du jésuite Reymond Bréchet. L’ASJC s’appelait initialement Association suisse des publicistes catholiques
  13. Jusqu’en 1978. Lui succèdent alors Leo Buchs, Bruno Köstinger, Niklaus Herzog, Danilo de Simone, Hans Rahm, et actuellement Melchior Etlin. C’est ce dernier qui a coordonné la fête du centenaire à Zoug.
  14. La première fois qu’on voit dans les rapports une photo-portrait de femme, c’est celle de Josefine Steffen-Zehnder en 1964. C’est pour sa mort. Bibliothécaire, auteure de chroniques sur les livres, elle s’est opposée avec détermination au suffrage féminin.
  15. skpv.ch/christwelt et Luzerner Zeitung
  16. L’itinéraire de Rüegg est présenté dans la plaquette d’anniversaire de Kipa-Apic en 1997, dont la rédaction a été assumée par Maurice Page et Walter Müller, avec une préface d’Alois Hartmann, l’homme qui sait tout de la presse catholique alémanique.                             
  17. Le rapport 1946 du Presseverein dit qu’existe depuis 3 ans un service en français.
  18. Après une longue préparation, le Synode 72 s’est ouvert en septembre 1972 dans les six diocèses suisses et à l’Abbaye de Saint-Maurice, et s’est achevé en novembre 1975. Les sessions diocésaines alternaient avec les sessions de coordination nationale à Berne.
  19. Décision de la Conférence Centrale catholique romaine (RKZ) à Zurich, entérinée par la Conférence des évêques : l’activité des médias subventionnés doit former un pôle dans chaque région linguistique, avec un contrôle national des objectifs et financements : on a ainsi le Katholischer Mediendienst à Zurich, Cath-Info à Lausanne, et le Centro cattolico à Lugano, et respectivement les sites kath.ch, cath.ch et catt.ch. En Suisse romande, www.cath.ch est devenu un site de référence offrant news, liens vers les émissions religieuses ainsi que divers services.
  20. Changement de nom et déménagement pour l’imprimerie venue de Romont.
  21. Récit de Babette Zurkinden, cité p. 218 dans Barthélemy, o.c. note 1.
  22. Le complexe itinéraire et l’énigmatique personnalité de Mgr Marilley ont fait l’objet d’une étude très complète : Francis Python, Mgr Étienne Marilley et son clergé à Fribourg au temps du Sonderbund (1846-1859), Éditions Universitaires Fribourg Suisse, 1987.
  23. Jeune chanoine de 29 ans, le 16 août 1869. Saint-Nicolas deviendra officiellement cathédrale en 1924.
  24. Il en parle déjà en 1869 mais l’Université ne sera lancée qu’en 1889.
  25. Cité par Barthélemy, o.c., p. 142.
  26. Marilley n’avait pas meilleure opinion sur la création d’un quotidien à Fribourg. Il a réprimandé à Siviriez Marguerite Bays, la future béatifiée, qui avait encouragé Schorderet dans la création d’un quotidien. Les deux se connaissaient par les visites que faisait dès sa jeunesse Schorderet au sanctuaire de Notre-Dame du Bois, tout proche du domicile de Marguerite Bays. L’abbé Martial Python en fait le récit dans son ouvrage : La vie mystique de Marguerite Bays. Stigmatisée suisse, Parole et Silence, 2011. Voir p. 61-68.
  27. Cité par Barthélemy, o. c., p. 223.
  28. Le comte Otto von Bismarck, ministre prussien puis chancelier de l’Empire allemand, conduit un mouvement qui vise à séparer l’Etat et l’Église et utilise des moyens coercitifs pour en obtenir la mise en œuvre (spoliations, prison pour 1’800 prêtres, etc.). Les tensions font surgir chez les catholiques libéraux la volonté de créer une Église catholique indépendante de Rome. L’Église catholique-chrétienne ou Vieille-Catholique naît dans ce contexte.
  29. Gaspard Mermillod est expulsé du territoire suisse en 1873 et administre l’Église catholique de Genève à partir de sa résidence hors frontières. Il devient évêque à Fribourg en 1883, cardinal en 1890 et meurt à Rome en 1891.
  30. Sur Leyvraz, voir en ligne la thèse très documentée : Françoise Larderaz, René Leyvraz (1898-1973). Portraits et combats d’un journaliste catholique engagé, Université Lumière Lyon 2, 1999. Cf. theses.univ-lyon2.fr/documents/lyon2/1999/flarderaz.
  31. Thèse Larderaz, chap. IV.1.b), citant Le Courrier du 18.2.1950.
  32. C’est en 1986 qu’il crée le Prix Courrier des droits de l’homme. Voir son destin sous : www.lecourrier.ch/pierre_dufresne_imprime_au_courrier_un_tournant_decisif.
  33. La société a été constituée le 5 décembre 1921, avec la précision suivante : « Constitution de l’Association pour la réorganisation de la presse catholique dans le Jura bernois ».
  34. Ordonné prêtre le 27 juillet 1912 à Coire, il est d’abord membre de la société Bethléem Immensee ; il est professeur 9 ans à Immensee avant de retrouver son Jura. On l’appelait Monseigneur à cause de titres honorifiques reçus de papes. Il fut aussi chevalier de la Légion d’honneur ! Il meurt centenaire en octobre 1985.
  35. Dans le blog Katatura tenu par une religieuse jurassienne, Sr Marie-Claire Jeannotat, le 30 avril 2010 : clairemarie.blog.24heures.ch/archive/2010/04/30/henri-schaller-un-leader.html.
  36. Georges Andrey, Comment écrire l’histoire de la presse valaisanne, ouvrage collectif, p. 110, accessible sur doc.rero.ch/record/21212/files/I-N177-1998-105.pdf
  37. Le Nouvelliste est numérisé depuis le 17 novembre 1904, au commencement de sa 2e année. Pour Haegler, « c’est une arme redoutable dont nous continuerons à nous servir, sans peur et sans reproche, pour la défense de nos opinions religieuses ». S’il y a parfois des dissensions, ajoute-t-il, nous sommes toujours d’accord sur l’essentiel, l’amour de l’Église et l’amour du peuple qui peine et qui travaille… », cf. www.lenouvelliste.ch/pages/archives-du-nouvelliste-333.
  38. Depuis 2010, Le Nouvelliste fait partie de la holding suisse du groupe français ESF de Philippe Hersant.
  39. Cf. Michel Salamolard, Donner une voix à Dieu, Éd. Saint-Augstin 2015, pp.52-54. Voir aussi www.st-augustin.ch.
  40. L’Écho Vaudois en 1910.
  41. Michel Salamolard, o.c. pp. 134-140.
  42. www.choisir.ch : Choisir se définit comme « Revue culturelle d’information et de réflexion ». Lucienne Bittar en est devenue la rédactrice en chef.
  43. François Gross a succédé à Roger Pochon en 1970. Ses dignes successeurs ont été José Ribeaud (1990-1996), Roger de Diesbach (1996-2004), Louis Ruffieux (2004-2015), puis Serge Gumy.
  44. Le décanat du Gros-de-Vaud avait déjà demandé deux ans auparavant que Mgr Besson intervienne en faveur de la messe radiodiffusée. A Genève, William Montillet, directeur du Conservatoire et directeur du chœur de Saint-Joseph, avait obtenu que Radio-Genève transmette la Messe de Minuit le 24 décembre 1928. Une vraie première due moins à l’Église qu’à ses bons contacts avec le monde musical. En 1940, c’est le directeur de Radio Genève, Félix Pommier qui accepte que les catholiques transmettent la messe (témoignage de l’abbé Édmond Chavaz), tandis qu’à Radio Lausanne, Mgr Besson avait un contact direct avec le directeur Marcel Bezençon.
  45. 1892-1956 : il aurait reçu un mandat de Mgr Besson dès 1925, ce qui n’est attesté par aucun programme du Journal Radio avant 1928.
  46. On va aussi de l’avant en Suisse alémanique, mais certains gardent le souvenir que des milieux de l’école et des Églises avaient envisagé de lancer une initiative constitutionnelle pour l’interdiction de la télévision en Suisse. Cette initiative n’aboutit pas.
  47. En juin 1957, J. Haas avait adressé un appel « Aux catholiques de Suisse romande » soutenu par les signatures des évêques et d’une dizaine de personnalités du monde de la politique et de la presse catholique. Il disait : « La radio est implantée (…) La télévision commence (…). L’Église catholique, de par sa mission, ne peut rester indifférente à l’égard de ces techniques modernes de diffusion de la pensée. Elle doit les aider à servir au bien des âmes et c’est ce qu’elle n’a d’ailleurs pas manqué de faire en notre pays, en complet accord avec les autorités concernées. Le moment nous paraît opportun de faciliter la tâche des responsables catholiques à la radio et à la télévision par la création d’un CENTRE CATHOLIQUE DE RADIO ET TELEVISION ».
  48. L’abbé Mamie était alors aumônier des étudiants à Lausanne, le pasteur Bovon surnommé « le pape vaudois » a siégé 28 ans au Conseil synodal, et le curé Gauthier deviendra l’évêque catholique-chrétien de Suisse. La Commission catholique suisse pour l’Expo est présidée par Bruno de Kalbermatten, jeune ingénieur ami de J. Haas.Il fut le premier président de l’association CCRT.
  49. Georges Juvet (1914-1987) fut curé-fondateur de Saint-Amédée, dans le quartier de Bellevaux, de 1950 à 1971. Il s’occupera ensuite des émissions catholiques sur Radio Suisse Internationale à Berne ; il est souvent prédicateur pour les messes radiodiffusées de l’Institut Florimont à Genève.
  50. Désormais ainsi nommé, car il est chanoine honoraire de l’Abbaye de St-Maurice en 1958, camérier secret de la Maison pontificale en 1963, chanoine honoraire de la cathédrale de Monaco en 1967, prélat de Sa Sainteté en 1968.
  51. Les formes sont variées. A Fribourg en radio, il y a toujours Coin de ciel ; en Valais il y eut de régulières émissions grâce à Jean-Luc Ballestraz ; à Fréquence Jura les événements religieux sont traités au fil de l’actualité ; à Neuchâtel, les Églises se sont concentrées sur la TV avec Passerelles à Canal-Alpha ; le Jura Bernois bénéficie de plusieurs émissions toutes œcuméniques, Respirations sur la station de radio RJB, et, en télévision, Paraboliques sur Canal 3 et Téléglise sur TeleBielingue.
  52. Les magazines religieux de la RTS ont été honorés le 1er septembre 2013 à la cathédrale de Lausanne par la réception du label Œcumenica donné par la Communauté de travail des Églises chrétiennes en Suisse. Références à chercher sur www.acgk.ch ou www.cath.ch.
  53. Voir le texte de la pétition sur soutenonsrtsreligion.info
  54. Lui-même bénéficie de deux chefs de service, l’un en télévision à Genève, Emmanuel Tagnard, et l’autre en radio à Lausanne, Fabien Hunenberger.
  55. Un rapport d’Unda fait allusion à une réticence de Mgr Charrière pour tenir la séance à Madrid. UNDA n’est pas un acronyme, mais veut dire simplement l’onde, le symbole choisi pour fédérer les membres de l’Association catholique internationale pour la radio, puis aussi la télévision.
  56. L’Assemblée générale de Munich en 1968 a nommé Jacques Haas président d’honneur d’UNDA. En fait, d’après un rapport non publié de Josef Schneuwly, l’assemblée a profité de l’accident de voiture dont fut victime Jacques Haas sur la route de Munich pour ne pas le réélire et permettre aux anglophones de nommer Mgr Andrew qui fera carrière ensuite au Vatican. Le secrétariat mondial de Fribourg sera aussi déplacé à Londres, et Schneuwly mis à la retraite anticipée !
  57. Voir session du 12 janvier 2012 sur ce document : www.commission-medias.eveques.ch/actuel/c-p
  58. L’abbé Patrick Keppel à Monaco a consacré sa thèse de doctorat à cette aventure : Aux origines du Festival de Télévision de Monte-Carlo. L’association UNDA, Université de Nice Sophia-Antipolis, 1991-2, 4 volumes.
  59. La 19e édition du Festival de télévision européen de programmes religieux SIGNIS-WACC a eu lieu à Paris du 14 au 17 juin 2017.
  60. Voir André Babel sur Wikipedia. Voir aussi www.ccrt.ch.
  61. Unda et OCIC fusionnent en 2001 et deviennent ensemble Signis. Cette organisation catholique qui a son siège à Bruxelles est partenaire de la WACC pour les jurys œcuméniques dans les festivals du cinéma et pour la tenue du festival de télévision. La WACC, World Association for Christian Communication, est rattachée au Conseil œcuménique des Églises et comprend donc des protestants, des anglicans, des orthodoxes, etc.
  62. L’Union européenne de Radiodiffusion (UER) ou Eurovision fut fondée le 6 juin 1954 à Genève. Pie XII participe par un message de Pentecôte, prélude aux futures transmissions Urbi et Orbi. La Suisse romande offre à l’Eurovision un mémorable cortège de la « Fête des narcisses » à Montreux.
  63. Ce qui valut à l’abbé Michel Demierre et à Don Valerio Crivelli de recevoir conjointement le Prix catholique de la communication 2006.
  64. Les sessions récentes et les formateurs de Suisse et d’ailleurs sont présentés sur le site www.crecinternational.org. On y trouve aussi une émission Racines de la RTS qui est une synthèse très évocatrice des intuitions du Père Babin.
  65. www.prixfarel.ch : la 27e édition du Prix Farel est prévue à Neuchâtel en automne 2018.
  66. Raphaël Pasquier reste une voix de référence dans la présentation des messes radiodiffusées sur Espace 2. Quant à la CERC, on trouve son activité sur son site www.cerc-eu.org/fr/.
  67. www.cine-feuilles.ch.
  68. Autour des années 68, la contestation faisait rage jusque dans les festivals de cinéma. Ce fut le cas à Locarno où le Jury officiel a déclaré forfait. Un Jury de jeunes a été créé à l’improviste avec pour président Yvan Stern, un gamin !
  69. Un grand stock de photos se trouve déposé à la Bibliothèque cantonale universitaire de Fribourg, en partie accessible en ligne sous www2.fr.ch/bcuf/Dynamic.aspx ?c=2361.
  70. CIRIC-France s’attache à « documenter l’humain, particulièrement dans sa dimension spirituelle, politique et sociale. Voir : www.photociric.com/.
  71. Communication Communautaire était portée par le pasteur Bernard van Baalen (présidence André Babel), tandis que le SIDAV avait été créé par l’abbé Léon Mauron.
  72. Une organisation alternative s’est alors constituée sous le nom d’ICOM mais les troupes de l’UCIP ne l’ont pas rejointe. Lors des journées St-François de Sales à Annecy, on a étudié la question de reconstituer un réseau d’échange pour les professionnels de la presse.
  73. Voir note 10. Le produit de la collecte annuelle est attribué pour l’essentiel au KMZ, Cath-Info et catt.ch.